« Michael » : Un show visuel grandiose, un biopic trop poli pour être honnête!!


Salut à tous les amoureux du cinéma et de la musique,

C’était le projet de tous les superlatifs, attendu au tournant par les fans et les cinéphiles. Réalisé par Antoine Fuqua (Training Day) et produit par Graham King (Bohemian Rhapsody), le biopic officiel du Roi de la Pop débarque enfin sur nos écrans. Avec Jaafar Jackson (le propre neveu de Michael) dans le rôle-titre, le film promettait de retracer toute la complexité du mythe.

Si le spectacle visuel et musical est une réussite totale, le scénario, lui, danse un moonwalk permanent pour éviter les sujets qui fâchent. En voulant trop protéger l'icône, le film passe à côté du drame humain.

🎬 Fiche technique

    • Titre original et français : Michael

    • Réalisation : Antoine Fuqua

    • Scénario : John Logan

    • Production :

      • Producteurs : Graham King, John Branca et John McClain (ces deux derniers étant les co-exécuteurs testamentaires de la succession de Michael Jackson)

      • Producteur délégué : Prince Jackson (fils aîné de Michael Jackson)

    • Sociétés de production : GK Films, Lionsgate et l'Estate de Michael Jackson

    • Sociétés de distribution : Lionsgate (États-Unis), Universal Pictures (International / France)

    • Budget de production : 155 000 000 $ (hors frais de marketing, ce qui en fait l'un des biopics les plus chers de l'histoire du cinéma)

    • Pays d'origine : États-Unis

    • Langue originale : Anglais

    • Format : Couleur — 2,39:1 — Son Dolby Atmos / IMAX 6-Track

    • Genre : Biopic, drame musical

    • Durée : 157 minutes (2h37)

    • Dates de sortie : 18 avril 2025 (Sortie mondiale au cinéma)

    • Classification :

      • États-Unis : PG-13 (pour le langage, certaines scènes de violence et l'évocation de la consommation de médicaments)

      • France : Tout public avec avertissement

👥 Distribution / Casting Principal

  • Jaafar Jackson : Michael Jackson (adulte et adolescent)

    • Juliano Krue Valdi : Michael Jackson (enfant, période Jackson 5)

  • Colman Domingo : Joseph "Joe" Jackson (le père)

  • Nia Long : Katherine Jackson (la mère)

  • Miles Teller : John Branca (l'avocat historique et manager de Michael)

  • Laura Harrier : Suzanne de Passe (la directrice de création de la Motown)

  • Kat Graham : Diana Ross

  • Larenz Tate : Berry Gordy (le fondateur de la Motown)

  • Kendrick Sampson : Quincy Jones (le légendaire producteur des albums Off the Wall, Thriller et Bad)

  • Derek Luke : John McClain (l'ami d'enfance et avocat d'affaires)

  • Jessica Sula : La Toya Jackson

⚡ Ce qui brille : La performance et la scénographie

Disons-le d’emblée : Jaafar Jackson est hallucinant. La ressemblance physique est troublante, mais c'est dans la gestuelle, la voix parlée et les chorégraphies que la magie opère. Antoine Fuqua filme les recréations de concerts (Victory Tour, Bad Tour) et les tournages de clips historiques avec une énergie folle. Le budget colossal se voit à l'écran : la reconstitution de l'époque Motown et de l'effervescence des années 80 est un régal pour les yeux et les oreilles.

Le film réussit également à dépeindre avec une certaine justesse la solitude immense de l'artiste, prisonnier de son propre génie et d'une célébrité étouffante dès l'enfance.

🌟 Les grands points forts : Ce que le film réussit magistralement

1. La performance habitée de Jaafar Jackson : Bien plus qu'une imitation

C'était le pari le plus risqué du film, et c'est sa plus grande réussite. Jaafar Jackson n'est pas simplement un imitateur ou un sosie de plus ; il livre une performance habitée qui va chercher la dualité complexe de son oncle.

  • Le contraste des voix : Jaafar réussit à capter avec une justesse folle le contraste saisissant entre la voix parlée de Michael — douce, enfantine, presque timide — et sa voix rugissante, agressive et habitée dès qu'il commence à chanter en studio ou sur scène.

  • La vulnérabilité : Au-delà des pas de danse, l'acteur excelle à filmer le regard perdu de Michael face à la foule. On ressent physiquement l'agoraphobie et l'isolement d'un homme qui ne pouvait trouver la paix que sous les projecteurs.

2. La reconstitution des performances scéniques : Une claque immersive

Le réalisateur Antoine Fuqua utilise tout son savoir-faire de cinéaste d'action pour filmer la musique. Les scènes de concert ne sont pas de simples copier-coller des vidéos YouTube que tout le monde connaît.

  • L'effet "Imax" : La caméra se place sur la scène, au plus près des pieds de Jaafar, captant la vitesse des mouvements, la sueur, et le vrombissement des basses. Le film redonne au spectateur de 2026 l'exclusivité de ce qu'était l'expérience de voir l'artiste en live, notamment lors d'une séquence dantesque recréant le Victory Tour de 1984.

  • Le génie créatif en direct : Le passage sur la création de la chorégraphie de Thriller ou la première fois où Michael tente le Moonwalk au Motown 25 est un grand moment de cinéma. Fuqua filme l'ampoule qui s'allume dans le cerveau d'un génie de la danse, rendant le processus créatif grisant pour le spectateur.

3. La bande-son et le mixage audio : Un travail d'orfèvre

C’est le point qui mettra tout le monde d’accord dans les salles équipées en Dolby Atmos.

  • L'immersion dans le studio : Les scènes d'enregistrement (notamment la construction couche par couche du morceau Billie Jean) permettent d'isoler les pistes audio. Le spectateur entend la ligne de basse mythique entrer dans son oreille gauche, les claquements de doigts à droite, puis la voix s'élever. C'est une déclaration d'amour absolue à l'ingénierie musicale de l'époque.

4. Le portrait bouleversant de la solitude de l'enfance

Si le film adoucit Joe Jackson, il réussit en revanche à merveille à filmer la tragédie de l'enfance volée. Les séquences avec le jeune Juliano Krue Valdi (Michael enfant) sont déchirantes. Le film montre très bien le traumatisme d'un petit garçon de 8 ans qui passe des plateaux de télévision aux chambres d'hôtel anonymes, obligé de travailler la nuit pendant que les autres enfants dorment. Cette première demi-heure pose des bases émotionnelles puissantes qui expliquent la création future du ranch de Neverland : une tentative désespérée de racheter l'enfance qu'on lui a arrachée.

🔍 Ce qui manque cruellement : Le "Blanket" sur la vérité

Parce que le film est produit en collaboration directe avec les exécuteurs testamentaires de la famille Jackson, le scénario souffre d'un biais de protection évident. Pour un artiste dont la vie a été un opéra dramatique, le film choisit d'édulcorer les dynamiques familiales.

1. La cruauté de Joseph (Joe) Jackson : Une version trop "soft"

Colman Domingo est un acteur immense, mais son Joe Jackson est bien trop humanisé. Le film montre la discipline de fer et quelques accès de colère, mais il passe sous silence la terreur psychologique et les violences physiques réelles que le patriarche infligeait à ses enfants (les coups de ceinture, les humiliations systématiques, la privation d'enfance). L'omission de la cruauté animale que ce cher Joseph a eu la bonté de faire envers Ben (le petit rat de Michael) par exemple. Le film tente presque de justifier cette violence en la présentant comme le "moteur nécessaire" de leur réussite.

2. Le trou noir Janet Jackson

C'est l'une des plus grandes incompréhensions du film : Janet Jackson est quasiment invisible. Alors qu'elle est la seule autre méga-star de la fratrie et qu'elle a partagé avec Michael une relation fusionnelle (notamment lors de l'enregistrement de Scream ou face à la pression familiale), le film la relègue au rang de simple figurante en arrière-plan. Gommer Janet, c'est amputer une part majeure du soutien émotionnel de Michael.

Le film commet une erreur dramatique majeure en réduisant Janet Jackson à une simple figurante muette lors des réunions de famille à Encino.

  • Le soutien indéfectible face aux accusations : Dans la réalité, Janet a été le pilier de Michael lors de la tempête de 1993. C'est elle qui l'a soutenu financièrement et moralement, et c'est ensemble qu'ils ont exorcisé leur rage contre les médias en enregistrant le duo iconique Scream en 1995. Le film évacue complètement cette dynamique de combat à deux.

  • La rivalité des méga-stars : En gommant le fait que Janet soit devenue, dès la fin des années 80 (avec les albums Control et Rhythm Nation 1814), une immense icône mondiale presque aussi puissante que son frère, le film rate un sujet passionnant : comment deux enfants d'une même fratrie brisée ont réussi à dominer simultanément l'industrie musicale mondiale, et comment Joe Jackson a tenté, en vain, de reprendre le contrôle de la carrière de sa fille.

J'ai aussi pu voir en faisant différentes recherches que cela est dû à un problème de droits et que c'est Janet elle-même qui a refusé cela notamment par rapport à l'hypocrisie familiale.

3. Le mythe Diana Ross : Une relation complexe passée sous silence

Interprétée à l'écran par Kat Graham, Diana Ross apparaît comme une marraine bienveillante de la Motown, presque une figure maternelle de substitution. C'est une version très édulcorée de l'histoire.

  • L'amour platonique et l'obsession : Michael n'a jamais caché que Diana Ross était son idéal féminin, sa muse absolue et son premier grand amour platonique. Le film refuse d'explorer l'ambiguïté de cette relation et l'impact psychologique immense qu'a eu le mariage de Diana Ross en 1986 sur Michael (un événement qui l'a profondément brisé et a accentué sa solitude).

  • Le testament ignoré : Le film omet également un détail crucial de la fin de sa vie : dans son testament, Michael avait désigné Diana Ross comme tutrice de substitution de ses enfants si sa mère Katherine venait à disparaître. Un choix fort qui prouve qu'elle est restée sa boussole émotionnelle jusqu'au bout, bien loin de la simple collègue de bureau montrée dans le biopic.

A voir si le second film abordera cette partie sur la période en 1986 ou si on restera en surface voir même si ils décideront de supprimer cette partie pour ne pas en parler. 

4. La rivalité féroce entre les frères (The Jackson 5)

Le film bascule très vite des Jackson 5 à la carrière solo de Michael, balayant d'un revers de main les tensions explosives au sein de la fratrie. La jalousie et le ressentiment des frères (en particulier de Jermaine) face à l'omniprésence et au succès insolent de Michael sont à peine survolés. On ne ressent jamais la fracture douloureuse de ce groupe de frères qui voient l'un des leurs devenir un dieu vivant pendant qu'ils retombent dans l'ombre.

5. La gestion des controverses

Concernant les accusations de 1993 et la dépendance aux analgésiques qui seront peut-être traités dans la suite, le film adopte une posture purement défensive. Michael y est dépeint uniquement comme une victime naïve de maîtres-chanteurs et d'un système médiatique cruel. Si la pression médiatique était réelle, le traitement du film manque cruellement de la nuance psychologique qu'un scénariste comme John Logan aurait pu apporter s'il avait eu les mains libres. Attendons de voir si cela sera mentionné ou montré ainsi que les différents rapports d'enquête ou celle du FBI qui a duré 10 ans venant prouver l'innocence du chanteur (comme aiment le contester certains documentaires sortis pile après la sortie du film pour surfer sur la hype).

6. La minimisation du génie de Quincy Jones

Si Kendrick Sampson prête ses traits au légendaire producteur, le film commet l'erreur classique des biopics d'artistes : attribuer tout le mérite créatif à la star principale.

  • Le conflit artistique : Le film montre la création de Thriller ou Bad comme une évidence. Il passe sous silence les affrontements légendaires en studio entre Michael et Quincy (notamment sur le morceau Billie Jean, dont Quincy ne voulait pas sur l'album, ou sur le tempo de Beat It).

  • La rupture brutale : Le film refuse d'expliquer pourquoi Michael a brutalement écarté Quincy Jones après l'album Bad pour se tourner vers des producteurs de New Jack Swing (Teddy Riley). C'était pourtant une étape charnière où Michael, par orgueil et besoin d'émancipation, a voulu prouver au monde qu'il pouvait faire des tubes sans son mentor.

7. Le tabou de la transformation physique et du vitiligo

C'est le point où le film utilise les outils du cinéma pour "arranger" la réalité :

  • Le lissage de la chirurgie : Le film attribue le changement d'apparence de Michael presque exclusivement à sa maladie de peau (le vitiligo) et à l'accident de tournage de la publicité Pepsi en 1984. Si ces deux éléments sont réels, le film occulte totalement le rapport obsessionnel et dysmorphique que Michael entretenait avec la chirurgie esthétique, née des traumatismes et des moqueries de son père Joe sur son physique d'enfant. En refusant de filmer cette transition de manière brute, le film prive le spectateur d'une clé de compréhension majeure de la psyché de l'artiste.

🎯 Le Verdict : 4 / 5

Michael est un excellent divertissement musical et un hommage vibrant qui ravira les fans de la première heure. Jaafar Jackson y gagne ses galons de star. Cependant, en tant que projet cinématographique, le film rate sa cible : à force de vouloir nettoyer le mythe et d'ignorer les parts d'ombre de la dynastie (Joe, les frères, Janet), il nous prive de l'autopsie fascinante de la célébrité qu'il aurait dû être. Un beau monument de marbre, mais un film trop lisse. En fin de compte, Michael est un film schizophrène. Visuellement et musicalement, c’est un chef-d’œuvre absolu, une célébration vibrante qui rappelle pourquoi cet homme a changé la face de la pop culture. Mais sur le plan strictement biographique, le film choisit le confort du mythe plutôt que la complexité de l'histoire humaine. Allez-y pour le show, restez-y pour Jaafar Jackson, mais gardez un œil critique sur le scénario.

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