Critique de film #17: « Le Diable s’habille en Prada 2 » : Une suite brillante ou un sac de contrefaçon ?


Salut à tous les amoureux du cinéma,

Vingt ans après avoir terrorisé les salles de cinéma et redéfini la comédie dramatique sur le monde de la mode, Miranda Priestly est de retour. Annoncée en grande pompe par Disney et la scénariste d'origine Aline Brosh McKenna, cette suite directe du chef-d'œuvre de 2006 réunit enfin le duo iconique Meryl Streep et Anne Hathaway.

Mais alors que le premier film est entré au panthéon de la pop culture, une question brûle toutes les lèvres en ce printemps 2026 : Cette suite était-elle vraiment pertinente, ou s'agit-il d'un simple caprice marketing nostalgique ?

Fiche technique : Le Diable s'habille en Prada 2 (2026)

  • Réalisation : David Frankel (déjà derrière le premier film)

  • Scénario : Aline Brosh McKenna

  • Budget de production : 55 millions de dollars

  • Société de production et Distribution : Disney / 20th Century Studios

  • Durée : 112 minutes (1h52)

  • Casting principal :

    • Meryl Streep : Miranda Priestly

      Toujours impériale mais acculée, la rédactrice en chef de Runway doit lutter contre l'obsolescence de son magazine papier face à la chute des revenus publicitaires.

    • Anne Hathaway : Andy Sachs

      L'ancienne assistante naïve a bien changé. Elle est désormais la puissante dirigeante d'un groupe de médias numériques florissant, et détient les clés de la survie financière de Runway.

    • Emily Blunt : Emily Charlton

      Devenue directrice de la création ou cadre de haut vol dans l'industrie, elle se retrouve prise en étau, déchirée entre sa loyauté historique (et toxique) envers Miranda et la réussite insolente d'Andy.

    • Stanley Tucci : Nigel Kipling

      Le fidèle bras droit et directeur artistique de Runway est de retour, naviguant avec son ironie habituelle dans ce choc des cultures entre la haute couture traditionnelle et les exigences des algorithmes.

📝 Le Pitch : Le déclin de la presse papier vs l'empire du digital

Le paysage a radicalement changé depuis 2006. Miranda Priestly est toujours à la tête du magazine Runway, mais elle fait face au pire cauchemar de sa carrière : l'effondrement de la presse écrite traditionnelle.

Pour sauver son empire déclinant, Miranda n'a d'autre choix que de se tourner vers Andy Sachs (Anne Hathaway), son ancienne assistante souffre-douleur qu'elle méprisait tant. Sauf qu'en vingt ans, la donne a changé : Andy est devenue une puissante et redoutable femme d'affaires à la tête d'un grand groupe de médias digitaux à succès.

Le rapport de force est totalement inversé : ce n'est plus Andy qui court après la reconnaissance de sa patronne, mais c'est désormais Miranda qui a viscéralement besoin de l'empire d'Andy pour faire survivre Runway dans un monde gouverné par les clics, TikTok et l'intelligence artificielle.

Le match : 2006 vs 2026, qu'est-ce qui change ?

Le film de 2006 fonctionnait sur le parcours initiatique d'Andy Sachs (Anne Hathaway) découvrant la cruauté d'un milieu superficiel avant de tout plaquer. En 2026, le film change radicalement de braquet et nous montre ce qu'il se passe quand les ambitions s'entrechoquent vingt ans plus tard :

  • Le deuil du glamour : Là où le film de 2006 nous faisait rêver avec ses défilés parisiens et ses dressings sans fin, la version 2026 filme les coulisses froides de la Silicon Valley et les bureaux aseptisés des agences de communication. Le chic a été remplacé par le clic.

  • Andy Sachs, le retour de la rivale : Loin de la stagiaire naïve en pull céruléen informe, Andy revient en force. Elle dirige désormais son propre magazine à succès (ou sa propre plateforme de médias d'investigation). Le film évite le piège de la nostalgie niaise : Andy n'est plus la victime de Miranda, elle est sa concurrente directe sur un marché publicitaire en crise. C'est ce retournement de situation qui donne tout son piment au film.

  • Miranda face à sa propre obsolescence : Meryl Streep est magistrale. Elle ne joue plus seulement la tyrannie, elle y ajoute une couche de vulnérabilité fascinante. Voir Miranda Priestly devoir faire face au succès d'Andy tout en luttant contre son propre conseil d'administration pour ne pas être licenciée est un crève-cœur cynique absolu.

  • Emily au milieu du chaos : Emily Blunt vole une fois de plus la vedette. Son personnage, devenu une puissante cadre du digital, se retrouve prise en étau entre sa loyauté toxique envers son mentor de toujours (Miranda) et la réussite insolente de son ancienne collègue (Andy).

ATTENTION SPOILER (Sautez ce paragraphe si vous n'avez pas vu le film)

Le film atteint un sommet d'ironie et de malaise lors du climax à la Fashion Week de Milan. Pour prouver qu'elle maîtrise encore le "Game", Miranda orchestre le licenciement d'une jeune influenceuse rivale en piratant ses données de campagne. Lorsque sa propre fille (ou plutôt sa nouvelle protégée) découvre le complot et l'accable, Miranda minimise l'acte avec une réplique glacante : « Mais sa carrière n'est pas morte, elle rebondira dans la tech ».

Une défense absurde qui sonne faux, car l'algorithme a déjà banni la jeune fille, incapable de se défendre face à un tel rouleau compresseur. Le film laisse planer une ambiguïté terrifiante : Miranda n'est plus seulement une patronne difficile, c'est devenue une prédatrice numérique prête à détruire des vies anonymes pour un point de part de marché, tout en restant persuadée qu'elle a agi "pour le bien de l'industrie".

Verdict : Alors, était-ce bien nécessaire ?

Oui, contre toute attente. On redoutait la suite de trop, vide et opportuniste. Mais en confiant le projet à l'équipe d'origine, Disney évite le piège du copier-coller.

Le film est bon parce qu'il refuse d'être une comédie nostalgique. C’est une critique acerbe, drôle et parfois très sombre de notre époque obsédée par la métrique et le jeunisme. Le duo Streep/Hathaway fonctionne à merveille dans ce jeu du chat et de la souris inversé. Si le film n'atteindra jamais le statut "culte" du premier (dont l'effet de surprise était unique), il réussit l'exploit d'être un miroir pertinent de l'évolution du capitalisme moderne et des rapports de force féminins dans le travail. Ajoutons à cela, les critiques sur la lumière et photographie qui donnent vraiment l'impression à certains moments que la lumière est trop lisse ou terne par rapport à celui de 2006. Une tendance qui arrive de plus en plus pour de nombreux films ou des séries actuelles sur Netflix, par exemple. 

Note : 4 / 5 — Un bel hommage qui sait vivre avec son temps.

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